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D'ici et d'ailleurs
21/01/2021

Aurélien Bellanger

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À 40 ans, le Mayennais Aurélien Bellanger s’affirme, roman après roman, comme un écrivain majeur du paysage littéraire français.

Être né quelque part, pour celui qui est né, c’est toujours un hasard », dit la chanson de Maxime le Forestier. Aurélien Bellanger goûte peu la musique : « Ça m’angoisse ». Ces paroles, extraites de Né quelque part, n’y changeront rien. En revanche, elles font écho à son histoire personnelle. Aurélien Bellanger est né à Laval, en 1980. Une ville et un département que ses parents quittent alors qu’il est nourrisson, direction Barentin en Seine-Maritime. Des années après, la famille franchit un nouveau palier dans l’échelle de la modernité et s’installe dans la ville nouvelle d’Évry, en Essonne. L’oeuvre romanesque* d’Aurélien Bellanger est infusée de ce déracinement natal.

 

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Ainsi, tout comme il existe un point zéro des routes de France fi ché dans le parvis de la cathédrale Notre-Dame de Paris, source historique des routes nationales, la Mayenne est le point zéro de sa condition d’écrivain. Là où tout commence. Elle le renvoie implacablement à ses souvenirs d’enfance à Argentré, quand il jouait dans les silos de l’entreprise Bellanger appartenant à ses aïeux, des négociants en grains bien établis socialement. « Être écrivain, c’est de l’ordre de l’état mental, ce sentiment
qu’il existe un niveau supérieur de réalité. J’ai deux expériences pour le défi nir. Celle du demisommeil, sorte de rêve dirigé vers lequel on aimerait tendre le plus longtemps possible, un état de conscience supérieur que la littérature permet d’atteindre. Et dans tout ce fatras littéraire, l’autre chose qui fait roman, c’est précisément quand je rentre de Paris et je vois le panneau « Argentré » entouré d’un liseré rouge. Ce panneau me renvoie directement au liseré rouge de mon éditeur Gallimard en collection Blanche et me dit que c’est de la littérature. »

L’écrivain a gardé un rapport d’enfant à ce village, sorte de discours indirect libre et général où il n’a pas trop à intervenir : « Il y a un mystère, l’existence du monde avec ses personnages
adultes qui le racontent, un monde auquel je dois me connecter, mais avec cette distance imposée par la position d’écrivain. Quand je relate la Mayenne, je me souviens de discussions à la table familiale, un lieu de littérature idéal où les enfants ne comprennent pas grandchose aux conversations des adultes, et où le monde leur paraît un lieu d’enchantement.» La lecture de Proust, entre autres, consolidera ses expériences adolescentes.

 

La modernisation, sujet de prédilection

Sa vocation d’écrivain a éclos à 12 ans. Il la théorise ainsi : « Mon histoire, si je caricature, est d’être né dans un pays taiseux où l’on entend des bondieuseries, où l’on parle patois et où la dévotion est forte, puis d’avoir été prélevé par la République et propulsé dans la modernité d’une zone pavillonnaire de banlieue parisienne. Tout a été fait pour que j’adore la modernité, le Concorde ou les centrales nucléaires. Si j’avais un penchant réactionnaire, je pourrais faire le récit de ma vie comme une acculturation réussie. Mon grand récit d’écrivain, que j’ai porté sur plusieurs livres, traite de la modernisation de la France, via tous les mythes modernistes (plans quinquennaux, aménagement du territoire), sorte de fantasme d’un pays. Mon histoire personnelle en est l’illustration. »

Chroniqueur sur France Culture, un exercice quotidien qu’il aff ectionne, « J’ai enregistré 600 chroniques à ce jour, ça nettoie les scories qui n’ont pas lieu d’être dans le roman », Aurélien Bellanger a récemment achevé l’écriture d’un nouveau livre : « Je l’ai écrit en m’astreignant à un rythme de 750 mots par jour, le format de ma chronique radio. J’ai beaucoup aimé l’exercice durant ces trois mois », reconnaît l’auteur, qui se dit paresseux mais effi cace une fois à sa table de travail. La sortie de son roman intitulé Téléréalité et publié chez Gallimard aura lieu en mars.

Récemment, l’écrivain a acquis un pied-à-terre en Mayenne. Un petit coin de paradis propice à fertiliser l’imagination. Et l’idée d’apercevoir « un peu de bocage par la fenêtre » le rend profondément heureux.

 

*La Théorie de l’information (2012), L’Aménagement du territoire (2014), où la Mayenne et Argel (commune fi ctive inspirée d’Argentré) sont des
personnages pivots, Le Grand Paris (2017), Le Continent de la douceur (2019).

Type éditorial