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10/07/2019

La longévité, une chance pour notre société

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Il a fondé le Gérontopôle Autonomie et Longévité des Pays de la Loire. Gilles Berrut, professeur de médecine gériatrique au CHU de Nantes, consacre une partie de son temps aux collectivités territoriales, pour bâtir une politique d'accompagnement de la transition démographique. Une lubie de scientifique ? Non, bien au contraire ! Un raisonnement pratique et humain, pour faire face à « une situation inédite dans l'histoire de l'humanité ». Les enfants nés en 1945, début du baby-boom qui a duré jusqu'en 1973, sont cinq fois plus nombreux que ceux de 1935. Passé 80 ans, ils sont majoritairement autonomes. Il est temps de nous défaire de la vision négative du vieillissement !

Le Département a présenté le plan May’Aînés pour l’accompagnement des séniors. Il prévoit un ensemble d’actions qui portent sur l’habitat, l’aide à domicile, la mobilité, le soutien aux aidants, l’offre en Ehpad, la promotion des métiers de l'accompagnement… Des engagements déterminants pour l’avenir.

En quoi l’état des lieux démographique justifie-t-il l’émergence de plans départementaux ?
Il faut bien comprendre une chose. Le grand âge concerne aujourd’hui les enfants des années 1930, marquées par un faible taux de natalité (suites de la crise de 1929), compensé par une augmentation de la durée de vie, résultant elle-même des progrès de la médecine, de la technique et de l’amélioration de la qualité de vie. Cette génération vit donc plus longtemps, mobilise des professionnels, les familles et les pouvoirs publics, pour répondre à ses besoins quotidiens. Or, peu de secteurs (formation, logement, urbanisme, transport…) ont structurellement anticipé les effets de la longévité, d’autant plus ressentis par les aidants, qui n’ont plus 45 mais 65 ans et sont parfois aussi fatigués que les aidés…

Que pouvons-nous attendre des effets conjugués de la longévité et du baby-boom ?
On le sait en effet, les enfants nés en 1945 sont beaucoup plus nombreux que ceux nés en 1935. On ne mesure pas encore l’importance et la nature de ce baby-boom hors normes qui, en France, a duré de 1945 à 1973. Cette surnatalité est un épisode unique de notre histoire, dont les effets seront perceptibles jusqu’en 2110 ! D’autres composantes sont, en effet, associées à cette surnatalité, comme l’augmentation continue de l’es-
pérance de vie (de 1 à 2 mois par an) et le recul de l’âge de la dépendance. Par conséquent, nous ne sommes pas face à un seuil à passer sur une dizaine d’années, à l’aide d’une dotation exceptionnelle. C’est un défi structurel et de long terme.

Vous évoquez aussi un défi culturel…
Oui, car les personnes âgées nées dans les années 1930 ressemblent à celles nées dans les décennies 1920 et 1910. Elles ont vécu dans un cadre plus simple, basé sur la solidarité familiale. La personne née en 1945 a grandi avec la Sécurité sociale, les congés payés et le chômage. Elle a aussi vécu 1968. Quand elle deviendra octogénaire, elle exprimera d’une part des besoins différents et d’autre part un niveau d’exigence supérieur. Le système gériatrique actuel est déjà en train de devenir obsolète, il va falloir le réinventer.

Le sens du mot vieillir a-t-il évolué ?
Depuis la fin du XIXe, avec la révolution industrielle, le mot vieillir s’est lentement détaché des privilèges de l’expérience, de la sagesse et de la transmission. La productivité est devenue une valeur supérieure, encourageant l’émergence d’une vision plus négative du vieillissement, vu comme un déclin. Nous portons en nous de manière collective et inconsciente cette image négative. Aujourd’hui, l’enjeu est de remplacer le terme « vieillissement » par celui de « longévité ». Ce terme n’est pas une arnaque ou un effet de mode puisque le déclin ne concerne que 17 % de la population concernée. Pour les autres, il faut prendre en compte leur aspiration à être chez eux, autonomes et participant à la vie sociétale. L’utilité sociale ne doit pas se mesurer à la productivité et la performance au travail. C’est une idée archaïque ! Ce n’est pas qu’un problème d’argent. Il faut aller vers une société inclusive, qui considère la longévité comme une chance pour la personne, pour la société, pour tous.

Quelles pistes d’action pour ce modèle social inclusif ?
L’évolution sera forcément progressive pour reconstruire le modèle d’habitat, de vie sociétale et culturelle adapté à la réalité. Il faut des parcours d’habitat, de vie et de mobilité qui préservent l’autonomie, davantage que le système actuel des Ehpad. La demande culturelle et sportive formulée pas ces générations évolue aussi fortement. Dans chaque domaine de la vie quotidienne, on ne peut plus poser côte à côte un projet pour les jeunes et une absence de projet pour les vieux. La transition démographique est, avec le numérique et l’écologie, une réalité majeure qu’il nous faut assumer.

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Type éditorial