Archives départementales de la Mayenne

Napoléon III traverse la Mayenne en 1856



L’Écho de la Mayenne (ce bi-hedomadaire paraissait à l’époque le jeudi et le dimanche) rend compte, dans son numéro du 19 juin 1856, du passage de l’empereur Napoléon III dans le sud de la Mayenne.

On écrit de Craon au Journal de Château-Gontier, le 11 juin :

L’Empereur, se rendant de Nantes à Paris par Laval, a traversé la ville de Craon. La nouvelle du passage de S.M. s’est promptement répandue dans le public. Vers 10 heures est arrivé M. le Sous-Préfet de Château-Gontier et immédiatement des mesures ont été prises par M. le Maire afin que les autorités, les fonctionnaires et la population entière fussent admis à saluer S.M. Napoléon III.

A une heure, on voyait réunis sur le devant de l’hôtel de la poste MM. le Sous-Préfet, le maire et l’adjoint à la tête du conseil municipal, le curé doyen de Craon, le curé de Saint-Clément, les vicaires de ces deux paroisses et plusieurs autres ecclésiastiques, le juge de paix et les divers fonctionnaires, la belle compagnie de sapeurs-pompiers, commandée par M. le capitaine Viel, l’excellente musique bien connue de tons ceux qui fréquentent nos courses , les élèves du collège, ceux des écoles chrétiennes et les enfants de la salle d’asile conduits par les dignes sœurs de Craon. En face de l’hôtel, sur la place, se trouvait la ville tout entière.

Après deux heures, le carillon de l’église Saint-Nicolas se fait entendre ; c’est l’Empereur qui arrive ! Une voiture découverte, attelée de quatre chevaux, apparaît et parcourt au galop la promenade. La musique joue des fanfares, le cri de vive l’Empereur ! retentit de toutes parts, Sa Majesté est au milieu de nous.
L’Empereur, après avoir entretenu quelques instants M. le Sous-Préfet, se fait présenter M. le maire de Craon. Sa Majesté adresse à M. Morillon de bienveillantes paroles et lui remet pour les pauvres une somme de 500 francs.

M. Bonnemain a eu également l’honneur de présenter notre honorable doyen, M. l’abbé Poulet, à qui Sa Majesté a daigné dire qu’Elle songerait aux besoins de son église nouvellement bâtie.

Dix minutes se sont écoulées ainsi pendant lesquelles chacun à pu comtempler Celui qui a donné à la France sa tranquillité, sa haute position dans le monde et son avenir de prospérité et de grandeur.

Les mêmes démonstrations qui avaient accueilli l’Empereur à son arrivée se sont reproduites lorsqu’à été donné le signal du départ. Sa Majesté a paru touchée des nouvelles et chaleureuses acclamations qui ont éclaté à ce moment : Elle a donné l’ordre de s’éloigner au pas et, se tenant un instant debout dans sa voiture, Elle a salué notre population heureuse d’avoir pu voir son Empereur.

Les autorités et le conseil municipal sont revenus à la mairie escortés par les sapeurs-pompiers. M. le Sous-Préfet a passé la compagnie en revue et l’on s’est séparé aux cris de vive l’empereur !

M. le Maire de Craon vient de faire afficher et publier la proclamation suivante :

Habitants de la ville de Craon,
L’Empereur s’est arrêté parmi nous au retour de ses longs et pénibles voyages entrepris pour soulager nos malheureux compatriotes que les inondations ont plongés dans le deuil et la misère. Vous avez vu le Souverain à qui la France doit son bonheur, et vous avez prouvé à S.M., par vos acclamations et votre accueil chaleureux, vos sentiments de respect, de reconnaissance, et de manifestation et, ici comme partout, songeant aux pauvres, Elle m’a remis pour eux une somme de cinq cents francs. Cette somme sera distribuée dimanche prochain, jour de fête à l’occasion du Baptême du Prince Impérial, en augmentation de celle qui devait être consacrée à cet usage.
Habitants de Craon, je vous félicite de votre attitude dans cette journée dont aucun de nous ne perdra le souvenir.
VIVE L’EMPEREUR !
Le Maire de Craon,
A. MORILLON.
Craon, 11 juin 1856.

A son retour de Nantes, l’Empereur avait pris la route de Laval. A son passage à Pouancé, S.M. a été reçue par M. le sous-préfet de Segré, les autorités du canton et le corps municipal de la commune. Elle a adressé à M. le sous-préfet quelques questions sur la situation de l’arrondissement et sur l’état des récoltes et elle lui a remis 300 francs pour les pauvres de Pouancé. Puis, voyant le sous-lieutenant des pompiers décoré, l’Empereur s’est enquis avec intérêt de ses services militaires. A son départ, comme à son arrivée, la population a fait éclater le plus vif enthousiasme.

A deux kilomètres de Pouancé, à Renazé (Mayenne), les habitants, désappointés de voir l’Empereur passer sans s’arrêter, ont couru prendre les devants de la voiture et se sont mis à genoux sur la route pour lui barrer le passage. L’Empereur, vivement touché, est descendu de voiture et a fait à pied environ un kilomètre en causant avec ces braves gens.

L’Écho du Loir, rendant compte du passage de l’empereur par La Flèche, raconte le fait suivant :

Lundi dernier, l’empereur, avant d’arriver à La Flèche, s’était arrêté pour relayer à Château-Sénéchal, et, mettant à profit le petit délai imposé à sa course, prenait quelques rafraîchissements sur la route même, en marchant pour se reposer de la contrainte de la voiture. Les habitants du village étaient loin de se douter que l’empereur fût parmi ces trois ou quatre officiers qui menaient si peu de train. Ils regardaient curieusement et se bornaient là. Parmi les spectateurs, l’empereur avise un vieillard courbé par l’âge et d’une apparence respectable ; S.M. aborde le patriarche : "Vous paraissez bien âgé, mon vieux brave. Est-ce que vous travaillez encore ? - Pas beaucoup, monsieur ; on a 90 ans sonnés, et on ne peut plus guère travailler à cette heure. - Comment vous nommez-vous, et quelle est votre profession ? - Je m’appelle le père Delahaye et je suis cultivateur ; mais, comme je vous le disais, monsieur, on se fait vieux, et il serait temps de se reposer. - Vous avez raison, mon brave ; à votre âge ou a droit au repos. Tenez, voilà qui vous permettra de vous reposer un peu, dit S.M. en donnant au père Delahaye quelques pièces d’or ; c’est l’empereur qui vous les offre."
A ces mots le vieillard stupéfait arrache précipitamment le bonnet de laine qui était resté sur sa tête, et veut se jeter aux genoux de l’empereur qui le retient ; alors, redressant son corps voûté par le poids de près d’un siècle, il crie d’une voix encore assez ferme : "Vive l’empereur !"