Archives départementales de la Mayenne

Laval en l'an 2000 (article paru en 1920)



Ce texte, signé « Liz », pseudonyme du Lavallois Félix Desille (1869-1952), est le dernier d’une série de huit articles parus dans Laval-Républicain  en août-septembre 1920 sous le titre L’Évolution .

L’Évolution.

Depuis 1914

(…)

Espérons mieux encore ; ayons foi dans l’Avenir et n’enlevons pas trop de charme à la Vie, simplement. Le Pouvoir actuel a une tâche écrasante : faisons-lui patience. Les hommes d’hier, devenu puissants aujourd’hui, ont en face d’eux des réalités angoissantes : ministre, préfet, maire, chef d’exploitation, chef de famille, chacun dans son rôle, travaille au bien de la Nation française. Voyons l’Avenir sans égoïsme.

Je fis un songe, car Morphée reprend ses droits…

J’étais en l’an 2000 !…

Devant notre château féodal, à Laval, des navires stationnaient, doucement balancés par un flot que j’ignorais… Sur la rive gauche, la rivière s’élargissait, s’élargissait et s’allongeait dans la brume du matin, au point que le Vieux-Pont, le Pont-Neuf, le Viaduc m’apparaissaient minuscules. À Bootz, un transbordeur géant s’ouvrait en deux travées, chargeant des fardeaux, des marchandises nombreuses ! Sur la cale du Bois-Gamast se posait doucement un avion ellipsoïdal. Çà et là, de Changé à Saint-Pierre, je lisais avec surprise d’énormes lettres : « Compagnie intermaritime  », « Messageries américaines », « Comptoir océanique » et je voyais des pavillons rouges, bleus, verts qui flottaient et claquaient au vent ! J’arrivais à l’Hôtel-de-ville surmonté d’un beffroi superbe ; aux Postes et TSF, où je cherchais en vain l’affreux escalier de bois qu’hier encore j’avais monté en trébuchant, une colonnade remarquable donnant accès dans la salle féerique. Par la Chiffolière, les consulats d’Europe se groupaient et, des tramways électriques silencieusement stoppés, descendirent des étrangers fastueux, bigarrés, venus sans doute du Levant ou du Japon !… La foule, affairée, affluait sur notre place centrale, jusqu’à Tivoli ; nos promenades s’arrondissaient en dômes de verdure et mon regard alla jusqu’à notre vieil Ambroise Paré, toujours mélancolique au-devant du square charmant de Pritz !…

Ébloui ! De ces visions fantasmagoriques, je demandais à un particulier respectable, revêtu de l’uniforme au léopard lavallois, la raison de cette transformation du vieux Laval. Il me répondit tranquillement, d’une voix blanche : « — Monsieur, Laval est depuis cinq ans l’un des grands ports du canal Manche-Atlantique ! »

Et je me réveillais en me frottant les yeux.

J’avais entrevu l’Évolution.

LIZ