Jean-Philippe Letourneur

JUILLET AOÛT 2015

Jean-Philippe Letourneur

 



Jean-Philippe Letourneur, dans la folie douce de Paris-Brest-Paris

Tous les quatre ans, peu après la mi-août, Jean-Philippe Letourneur est frappé d’une drôle de maladie. De Paris, plus exactement Montigny-le-Bretonneux, il enfourche son vélo et file en direction de Brest. Une bise à la cité du Ponant, et voilà l’Audax Lavallois déjà reparti vers son point de départ, empruntant le même itinéraire qu’à l’aller. 1 230 km invariablement bouclés en moins de 70 heures, de la pointe finistérienne en croisant les monts d’Arrée, le centre-Bretagne, le bocage mayennais, les douces collines du Perche, la Beauce et les difficultés insoupçonnées de la région parisienne. Paris-Brest-Paris (PBP). Trois mots, deux villes, un défi que Jean-Philippe Letourneur relèvera pour la 5e fois consécutive, du 16 au 20 août prochains.

Au milieu de quelque 5 000 cyclotouristes (sans doute plus) venus des quatre coins de la planète et de 80 Mayennais, ce quinquagénaire, excellent rouleur au demeurant, partira « avec pour unique objectif de terminer le Paris-Brest-Paris randonneur en moins de 80 heures, tout en prenant un plaisir fou à pédaler » . Plaisir. Le mot est lâché. Le plaisir n’est pas dans les échauffements causés aux mains, aux pieds ou à la selle. Le plaisir n’est pas dans la privation de sommeil « mon pire ennemi » , dit Jean-Philippe. Le plaisir n’est pas dans les crampes, de jambes ou d’estomac, dans l’absence de force totale transformant les monts d’Arrée en cols hors-catégorie. « Le plaisir, ce sont tous ces gens, ces enfants sur le bord de la route, à point d’heure, qui vous encouragent, vous réconfortent avec un café, une bouteille d’eau. Le plaisir, c’est de tailler un bout de route avec un Américain, un Japonais, un Danois, de baragouiner quelques mots d’anglais… Le plaisir, enfin, c’est le goût de l’effort, le dépassement de soi et se dire : j’ai réussi ». Un plaisir à partager : « entre cyclos, on aime se raconter nos PBP, les anecdotes sur les brevets de qualification, nos angoisses, nos bonheurs simples et ce frisson quand tu arrives au bout… »

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Véritable amoureux de la petite reine, collectionneur de vieux vélos, maillots et bidons, Jean-Philippe Letourneur, ne se considère pas comme un stakhanoviste du bitume. Alors pour joindre l’utile à l’agréable, il donne quelquefois à ses entraînements une dimension insolite. En mai dernier, le Mayennais a ainsi accompli une reconstitution cycliste historique de haute volée en rééditant l’exploit commis par Jacques Anquetil en 1965. Le champion normand remporta le Critérium du Dauphiné Libéré avant d’enchaîner, dans la foulée, un Bordeaux-Paris victorieux. « J’ai scrupuleusement roulé sur le même parcours. Mais contrairement à Anquetil, j’ai rajouté des liaisons à vélo entre les étapes du Dauphiné et pris le train, et non l’avion, pour rejoindre les Alpes à Bordeaux ! » . 2 006 kilomètres de plaisir, très exactement. Jean-Philippe nourrit d’autres idées de ce genre : « Accomplir le parcours du tour de france 1926, le plus long de l’histoire, ou participer au PBP au guidon d’un vieux vélo » . Sur la route de Paris à Paris en passant par Brest, il aura du temps pour réfléchir à ses futurs défis.