Hervé Wales

SEPTEMBRE 2015

Hervé Wales

 
 



Hervé Wales, ébéniste d’art en un lieu chargé d'histoire

Entrammes, Abbaye du Port-du-Salut. Une fois passé sous le grand porche de l’entrée, il faut emprunter, tout de suite à droite, un petit escalier en haut duquel se trouve un portail en bois. Celui-ci s’ouvre sur une vaste étendue verte, composée de vergers et de potagers situés de part et d’autre d’une allée herbeuse. On longe un cimetière et ses croix blanches. Au bout du chemin, se dessinent deux longs bâtiments en pierre qui se font face. De l’un d’eux, s’échappent des coups de marteau. Il abrite l’atelier du menuisier-ébéniste d’art, Hervé Wales. Installé depuis 2011, l’artisan, originaire du Dauphiné, garde un souvenir enthousiaste de sa découverte des lieux : « ici, nous sommes dans l’atelier occupé jadis par un moine qui exerçait le métier de menuisier au sein de la communauté. le bâtiment a près de 200 ans et sous nos pieds, se trouvait une ancienne cave d’affinage pour le fromage. Comment ne pas être subjugué par l’endroit d’où se dégagent une véritable âme, une sérénité qui me parle et aussi les bonnes odeurs. La Providence en quelque sorte ! J’ai besoin de cette atmosphère pour exercer mon métier » . Hervé Wales sait depuis l’âge de 6 ans qu’il deviendrait menuisier-ébéniste : « J’ai réalisé un rêve d’enfant, mais il a fallu que je m’accroche à ce rêve car au début des années 80, déjà, les filières techniques n’avaient pas les faveurs. on voulait à tout prix m’orienter vers un bac général, mais il en était hors de question pour moi ! »  Près de 30 ans après, Hervé Wales a bien fait de camper sur ses positions.

S’il crée des meubles, « Pour la communauté religieuse, j’ai réalisé pour leur boutique tout le mobilier de présentation des produits monastiques » , Hervé Wales assure essentiellement la restauration de meubles anciens. Il poursuit une exigence, celle de ne jamais dénaturer l’objet : « tous mes travaux de restauration sont invisibles, mais plus important à mes yeux, ils sont réversibles. Grâce aux techniques utilisées et aux matériaux employés, le meuble restauré n’est pas figé. Comme au temps de sa création, il continuera à traverser les époques et si un jour, il doit de nouveau subir une restauration, elle sera rendue possible et facilitée. Par exemple, la colle que j’utilise pour les placages, préparée à base d’os et de nerfs de boeuf, présente la particularité de se détacher aisément. dans 50 ans, l’artisan décollera le plaquage en un tournemain ».

Hervé Wales a, comme tous les menuisiers-ébénistes, de belles histoires à raconter, faites de caches secrètes, de mécanismes ingénieux ou de signatures dissimulées. Le meuble ancien est une véritable machine à remonter le temps. Et l’émotion est parfois au rendez-vous quand le meuble a traversé les siècles : « Quand je déniche des copeaux de bois intacts cachés dans un recoin d’un bahut depuis plus d’une centaine d’années, j’ai cette sensation forte de nouer un contact direct avec le travail de l’artisan créateur. C’est magique » .