Clément et Camille Guais

Janvier 2017

Clément et Camille Guais

Deux frères qui travaillent de concert



Rue Alexandre Fournier à Château-Gontier, il faut avoir l’oeil pour repérer la petite devanture bleue et ses trois pans vitrés. En observant cette vitrine, le badaud imaginera sans doute pousser la porte d’un atelier de couture ou d’une mercerie. Perdu !
Derrière le 38 de cette voie du centre-ville, ce sont diverses machines-outils pour le travail du bois, des planches de noyer soigneusement rangées ou encore un système d’aspiration de poussière suspendu au plafond qui s’offrent au visiteur.
Une fosse à vidange condamnée par des bastaings complète le décor : « C’était un ancien garage automobile que nous avons reconverti en atelier pour mener notre activité », dit Clément Guais, propriétaire des lieux. « L’atelier de l’accordéon », plus précisément comme le mentionne un discret écriteau sur la façade. En effet, Clément et son frère jumeau, Camille, sont facteurs d’accordéons diatoniques, un terme utilisé en musique pour désigner l’artisan qui conçoit ou restaure des instruments, notamment à claviers. À 31 ans, les deux frangins vivent une belle aventure professionnelle, sans que leur gémellité n’en soit forcément l’essence et l’instigatrice. Camille, qui a rejoint Clément dans ce projet, est très heureux de travailler aux côtés de son frère, mais ce sont les circonstances qui ont conduit à cette situation originale plutôt qu’une obsession : « Je suis curieux de plein de choses. Peut-être qu’un jour nos parcours professionnels prendront des directions différentes. Mais pour l’instant, c’est très bien ainsi ». Clément et Camille sont originaires de Saint- Brice « Les Agets très exactement », précise Clément.

Issus d’une longue lignée familiale de musiciens, où l’accordéon s’invitait régulièrement aux fêtes et aux repas de famille, les deux frères intègrent une formation de menuisier-ébéniste dans le même lycée professionnel, à Sablé-sur-Sarthe. Clément, qui pratique plus assidûment la musique depuis l’âge de 13 ans, a déjà une idée plus précise quant à son avenir : « J’avais de l’intérêt pour la fabrication des instruments de musique ».
Si Camille complète sa formation avec un brevet des métiers d’art, Clément intègre rapidement la sphère professionnelle : « Je voulais travailler pour me payer mes machines à bois », dit-il. En 2011, il s’installe à Bierné comme fabricant d’accordéons diatoniques, après avoir présenté ses instruments à des professionnels. Il possède deux qualités essentielles : la maîtrise du travail du bois et une oreille musicale de grande qualité, lui qui a appris à jouer du violon, sans prendre le moindre cours. L’entreprise est un succès immédiat grâce à un bouche à oreille décapant : « Dès la première année, j’ai honoré trois commandes », souligne Clément. Un chiffre qui peut apparaître faible, mais au regard du temps nécessaire à la réalisation d’un accordéon diatonique, cela suffisait largement : « Les délais se sont très vite allongés et ce n’était plus tenable pour les clients comme pour moi ». En 2014, Camille rejoint son frère : « On a divisé les délais par deux (6 mois) et pris, enfin, le temps de la réflexion pour imaginer des modèles d’expositions et compléter notre gamme, creuser des idées de fabrication concernant l’ergonomie et l’esthétique de l’instrument, explorer des sonorités nouvelles », explique Clément. Les accordéons diatoniques façonnés par les frères Guais sont plutôt destinés à des joueurs avertis.
Si Camille et Clément travaillent de concert, les rôles sont néanmoins distribués : « Clément a l’exclusivité de l’accordage. Il faut l’oreille et de l’expérience. Pour ma part, je travaille plus particulièrement l’enveloppe en bois de l’instrument, mon frère étant préposé à la pose des soufflets, des hanches et quelques pièces mécaniques importés d’Italie », précise Camille.
Ils ne sont pas plus d’une quinzaine en France à maîtriser un tel savoir-faire.

 

>> Site web : http://accordeon-diatonique-guais.fr/