Christian Huchedé

Juin 2013

Christian Huchedé

 



Un cormoran a changé la vie de Christian Huchedé

Lundi 13 mai, 16 heures, au Refuge de l’Arche à Saint-Fort. « Tiens, un héron nous rend visite ! A moins qu’il ne s’agisse d’un… Mince ! »  Trop tard, le bel oiseau s’est perdu dans les nuages blancs. Un toutou sur les cuisses, un matou entre les mollets, Christian Huchedé, fondateur du Refuge, reprend le fil de l’histoire, de son histoire. La scène résume bien le bonhomme, qui a grandi tout à côté, dans le hameau de Pendu, entourés de chats, chiens, canaris, poules naines et autres cochons d’Inde. Le décor est planté. Nous voilà entourés d’animaux, discutant d’animaux, de King le lion de l’Atlas, de Miljen l’ours brun, de loups, de singes… et d’un cormoran.

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Mai 68. Alors que la France est barricadée et que le lancer de pavés est devenu un sport national, de jeunes rameurs du club d’aviron de Château-Gontier, où Christian Huchedé est entraîneur, lui signale un cormoran blessé par les plombs d’un chasseur. « Ils savaient ma passion pour les oiseaux » . Le cormoran sera sauvé et remis en lieu protégé.

Sans le savoir, Christian Huchedé vient de vivre un acte fondateur en ce jour de mai 68. Ce cormoran est une matrice : sa vie, c’est certain, il la passera à sauver des animaux. Cette année-là, Christian Huchedé crée une section locale d’un club « Chouette » , pour la protection des animaux et accueille ses premiers oiseaux. Sa maison devient refuge, jusqu’en 1974, date à laquelle sera posée la première pierre du Refuge de l’Arche. « Quand j’y repense, j’avais 21 ans, les CRS recevaient des pavés sur la figure et moi je construisais des nichoirs à oiseaux. Quel décalage ! » « Mais quel destin ! » , est-on tenté de répondre.

Une vie passée à recueillir les animaux blessés ou abandonnés, des rencontres humaines exceptionnelles « Tabarly, Bardot, Mylène Demongeot, une amie fidèle et dévouée à la cause animale. Je pense aussi aux personnes que le Refuge a remis sur le bon chemin grâce aux chantiers d’insertion » , ces voyages en Afrique, d’où il a hérité du surnom « Alou Galou Simba » « poil de lion » , ce convoi humanitaire en Roumanie, alors en pleine révolution, pour offrir un Noël aux enfants… Une vie riche de moments inoubliables, à laquelle il associe indéfectiblement sa femme, décédée en 2006 : « Sans Danielle à mes côtés, je n’aurais pas construit tout ça » .

Retraité depuis 2008 -son fils Yann a repris la direction du Refuge-, Christian Huchedé promène quotidiennement sa barbe blanche dans les allées de l’Arche : « Je ne m’impose pas de programme. Ma devise : je ne sais pas quand je vais le faire, mais je vais le faire » . Finalement, on ne se met jamais en retraite d’une passion.

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