Bernard Chardon

FEVRIER 2015

Bernard Chardon

 
 



Père Bernard Chardon : "Peindre c'est fermer sa gueule !"

À la sortie de Thuboeuf, route de Lassay-les-Châteaux, un chalet en bois attire le regard. C’est ici, dans ce village situé aux confins de l’Orne, que vit depuis 2002 le père Bernard Chardon. Retraité, cet homme d’église, né en 1927, nous accueille chaleureusement. Dès le pas de la porte franchi, le doute n’est plus permis. C’est une maison d’artiste. Dans la pièce principale, où trône un poêle à bois, des toiles aux couleurs éclatantes sont partout accrochées sur les murs de rondins de bois, posées sur les meubles ou à même le sol. Dans la cuisine, au-dessus de l’évier, de la céramique émaillée et des couleurs vives. Sur la grande table, s’enchevêtrent dans un capharnaüm organisé des pots de peinture, des pinceaux, des toiles blanches et des feuilles A4 sur lesquelles l’artiste « gribouille ce qui (lui) passe par la tête, au petit bonheur la chance » , selon son expression. Des coups de craies portés sur ces feuilles de papier jailliront les toiles futures. Style figuratif ou non, mais toujours des couleurs. Boulimique du pinceau, le père Chardon peint quand la campagne s’endort, jusque tard dans la nuit : « Je peins en silence. Ce sont des instants de concentration. Peindre, c’est fermer sa gueule ! » , lance-t-il.

Mais lorsqu’il ne peint pas, le père Chardon laisse exprimer sa faconde. Il évoque ses premières amours picturales dès 15 ans, avouant n’être pas plus intéressé que cela par ses études de théologie : « En 1951, instituteur à Saint-Ouen-des-Toits, je créais alors régulièrement les affiches ou les décors de théâtre » . Mais c’est en 1961, lorsque qu’il devient curé au Ham, que son expression artistique foisonne et se répand : « L’église était en mauvais état, on ne pouvait même pas poser un cercueil sans qu’il soit bancal. Les murs étaient abîmés, l’église traversée de courants d’air. Alors, j’ai décidé, avec une grosse poignée de bénévoles dévoués, de bâtir une église digne de ce nom » . Les vieux enduits de torchis sont remplacés par des enduits de chaux et de sable, les murs reblanchis. Pour le sol, le père Chardon confectionne des carreaux de céramique cuit dans des fours fabriqués pas ses soins. Il dessine les fresques sur les murs, signe les vitraux. Le retable derrière l’autel est repeint avec les enfants du village.

Depuis plus de 70 ans, Bernard Chardon crée. L’hiver, il peint comme il respire, au chaud dans son chalet, devant son chevalet, en blouse blanche et des pantoufles aux pieds : « La saison est trop humide pour la céramique » , dit-il.

L’abbé Chardon accumule des milliers d’œuvres « peut-être 4 000, je ne compte plus »  et avoue une forme de dépendance : « Mais c’est de la bonne drogue » , glisse-t-il avec malice. Un inventaire de son œuvre est en cours, mais  déjà, une partie de son incommensurable production a trouvé refuge dans une ancienne chapelle de la maison de retraite de Saint-Fraimbault-de-Lassay, transformée en musée depuis l’année dernière, un lieu animé par l’association des Amis de Bernard Chardon. Le bonhomme mérite cent fois cet hommage.

www.museebernardchardon.com
(Le musée rouvrira le 15 avril prochain)